ce que vos yeux vairons

Mois : octobre, 2017

Concile des oiseaux

Quels seront les bruits, les mouvements, cette nuit, autour de l’étang. On  ne m’ en dira rien, questionner la lune, demain, et le soleil levant, laisser le vent se perdre dans la roselière, et rendre conte de la vie secrète de ses habitants.

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La liaison

Le froid, et sa lame, qui fend les yeux, et le regard, gourd, comme les doigts. Les odeurs ne s’ élèvent pas, elles sont là, sûrement, des odeurs d’eau, de plumes graissées, le vert noirci des roseaux. Le froid, un tampon de gaze posé sur le tableau.

Smoke on the water

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La mue

Le bois de la terrasse, noir et lisse. Ça et là, des tessons abandonnés par le froid, premières pelures,  des chrysalides, et leur chitine, une croûte de gel, l’hiver est né cette nuit.

Les brumes

Voir le jour au fond du mois de juillet, et voilà vos fonts baptismaux, les feux de la lumière et du soleil. Mais c’est l’ombre, et novembre, qui vous enfantent.

Galileo

Je regarde le thermomètre de verre, ses petites nacelles s’étageant dans le liquide transparent, et je me dis que novembre ressemble à la plus lourde, celle qui coule vers le fond. Novembre, dense comme une glaise, le mois que son poids, son pesant de nuits noires fait choir dans les soutes de l’hiver.

Les sables

La nuit, le grand désert où je ne me perds plus, mon Rub al Khali. En devenir le bédouin, ne pas y résister. Elle m’ ouvre la porte.

Märchenland

Et voici la reine. La mère de toutes les nuits. Tout ce noir, à la pelle. Cadeau de Noël. Et plus que le noir, le gris, la brume, le givre des journées. Un soleil de sable blanc, le sillon pâle de ses labours où il fait bon s’ allonger.

Bibliothèque rose

Dans le jardin de ma grand-mère, il suffit de fermer les yeux, pour faire venir l’été, un pied d’heuchère, sous le cerisier.

Malakoff-Chamonix

Un givre de feuilles, que mes pieds froissent en traînant. Dans ma poche, un paquet de gaufrettes, le praliné du lapin Gringoire. On chausse du combien, quand on a huit ans, et que l’on traîne les pieds sur les tapis de feuilles sucrées au premier gel. Je ne m’en souviens pas, le lapin Gringoire a disparu, emportant avec lui toute mesure, celle de mon petit pied, et celle du temps perdu.

Tweed

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A.M.

Demain, après que le porteur de journaux sera passé. Il sera tôt, 5h30. Je prendrai le temps. Dehors, les doigts serrés autour d’un gobelet de café, la petite chaleur brasillante d’une cendre de cigarette. Je me mettrai en route. Voir les foulques sur l’étang, leur pastille blanche sur le front, comme une hostie posée sur le chanfrein d’un cheval. D’eux, je ne verrai d’abord que cela, un cordon de perles sillonnant la surface noire de l’eau.

Le goûter

Il faut attendre. L’heure de la brume, du noir qui descend, des lustres dans les vitrines des salons de thé, de la buée qui fume sur les gobelets de chocolat, et les pots de café, des gens qui se hâtent, sur les trottoirs, le col du manteau remonté. Le temps court dehors, il vente, il pleut, l’impression d’être à quai, un train en gare qui voit partir des convois de gabardines et de parapluies dans le lointain.
Commander un Napoléon, parce que l’on a lu un livre, un jour, dans lequel un personnage en dégustait un morceau, et s’entendre répondre « Très bien », le coeur battant.
Le gâteau existe vraiment,

Nos haleines

La brume, glacis sur le tableau nabi, l’étang et les roseaux se brouillent. Est-ce moi, le paysage. Tous deux, peut-être, les larmes aux yeux. Le froid.

Le coeur

D’abord rond, en sa forme impassible. Rien ne l’entame, il est lisse. Et puis un jour, une cabosse, sur le dessus, sa ligne s’incurve. Quelque chose est entrée en collision avec le cercle. Son émoi.