ce que vos yeux vairons

Mois : octobre, 2014

Votre tasse

Petit vaisseau de faïence, amarré au marbre du guéridon.

Cuillère en godille, flanquant la coque du bol.

Ciment du sucre, qui s’agrège en quille en son creux.

Lacet du café, posé en sceau sous la semelle de la coupelle.

Tranchée

Glaise en linceul

Pétrifie les écorchés,

Hurlement de boue.

La peau

Suaire tourmenté,

Procureur effroyable

De ses repentirs.

Les buis

Carrière au jardin,

Il modèle son Carrare vert,

Tronc conique topiaire.

Origami

Du papier jaillit

La chair, de la pliure,

L’ossature se fait.

Nuit

Ressac très léger

Des deux dormeurs,

Houle des draps froissés.

Sieste

Spirale tigrée,

Tête enfouie en sa cochlée

De fourrure, ronronne.

L’amante religieuse

Pour s’en défaire

Lui acheter,

De chez Chanel,

Un cilice

En mohair.

(          )

Coupe-papier

Lame damasquinée

Raye de son fil le grain pâle

Du pli cacheté.

Anamorphose

Fouissement du laid

Dans le beau, Janus bifrons,

Sourire grimaçant.

Lampadaire

Son halo blafard

Perce en abcès le brouillard.

Cierge poitrinaire.

Chanson

Ay linda’ miga,

Scie si triste qui en son coeur

Va s’insinuant.

Absolue

Une cornue, posée

Sur son athanor, distille

Son arôme musqué.

Les tourterelles d’Aanjar

Etendard blanc, gris,

Algue d’ailes se mouvant,

Bruissement du ciel.