ce que vos yeux vairons

Mois : octobre, 2016

Le bannissement

L’île était minuscule, un îlot, un îlet, une motte, un monticule qui peinait à se hausser. N’importe, pourvu qu’il y ait de l’eau. Hedda se contentait d’un timbre de terre émergé. Elle faisait le tour de ses terres, un aller-retour expédié en deux pas à peine allongés. L’horizon montait des murs hauts et transparents autour de son bastion. De l’air en barreaux, et son bureau face à la mer.

Hexenacht

Laisser faire cieux et
Sorcières, dansez, nixes et
Mégères, votre ballet.

Sauter

A pieds joints dans la
Flaque, chasser l’eau, moins d’elle
Et plus de moi.Là.

Cairn

Ouessant, la terre des regrets complaisants, une île pas suffisamment en mer pour Hedda, le continent au bout des ailes. Elle chercha à s’enfoncer beaucoup plus loin, là où les retours seraient difficiles, et les remords moins volatiles.
Elle prit une carte, et trouva un recoin vide, un bas de tableau sans signature. Un point dans l’eau, un point c’est tout. Elle en aurait vite fait le tour. Quand l’impatience viendrait, elle se mettrait au travail.

Je n’ai rien acheté


Et j’écris au néant
Et j’attends
Que la cloche
Et son battant
Rouge
Sonne
Rouge et rouge
La fin
De l’absence
La fin
Du silence
Votre pardon.
J’écris
A
L’orage
Qui ne crève plus.

Attendre

Je suis
la plainte
Débile
De la plante
Qui s’étiole,
Son champ
Pauvre,
Son sang
Qui se perd
Et rince
Les labours
Où plus
Rien
Ne poussera
Avant
L’hiver.

Rature

Je suis une marque, une jointure, une page-frontière, une corne de papier, une froissure, crayon-fumure, un jardin de feuilles-brouillon, un bouillon de cahier, une pelure de canson, le chant d’une usure, calligriffure, l’agrafe d’une fibule piquée sur le mot de trop.

Dorture

Quand cesse le sommeil,
Ne reste que veille
En coulures.

Blancjour

Faim, effroi, et rien,
L’été là n’est plus, gelée
Perdue, soleil, sais-tu?

Dessein

Les jours, intervalles
Gris et sales sur les cansons
D’un soir qui s’ennuie.

Lavis

Braille du brouillard sur
Le verre opaque du jour quand
S’ensable la nuit.

Contrejour

La nuit il me pousse
Un lait lourd et noir comme un
Sang au bout des doigts.

Court l’eau

Le froid comme une brûlure, l’eau qui dévale cisaille leurs jarrets et ils suffoquent. La surprise de se trouver là, charriés comme billots de chair au milieu du ruisseau. Couchés sur le lit de pierre de l’eau, roides, et le jeu de leurs mains en feu.

Toucher-couler

Les jambes éboulées par le courant,le grès qui érode les paumes, le froid de l’eau, et dans le ventre, le vin bourru qui tient chaud. L’automne de Max et Hedda, à se laisser brûler comme tourbe au milieu du ruisseau.

Les berges

Les sapins noirs, comme des mats. Les serres de leurs racines dans la chair froide des fougères brunies de froid. Le ruisseau gronde la rouille de son eau et sa tourbe sombre, où se regardent les voiles lourds des nuages, gris comme vieillards.