ce que vos yeux vairons

Mois : juin, 2016

Jeux de mains

Papillon chassé
Sans filet,plissé de l’aile,
Eventail froissé.

Tisane

Se faire pierre, tenir
Compagnie à leur malheur
Et prendre le thé.

Page blanche

Ecriture craintive
Qui ne mâche aucun mot et
Tourne autour du pot.

Totem de M.

Ses peaux d’argent, longue écharpe grise tendue, s’écarquillant sur les membrures, un tambour gonflant sa voilure quand les élingues se détachent, laissant filer contre l’azur le balsa d’acier de sa carlingue; au ciel, ses eaux profondes, les nuages en algues blanches dérivant, cordages de kelp, amarres légères s’enroulant parfois au passage d’une aile dont l’oubli avait omis de replier la ramure.

Carnet de timbres

Mon jardin, la mer; en ses sillons de verre, je lance mes esquifs, bouteilles contenant libelles sans destinataire, l’eau les lisse comme galets; mes lettres enfermées qui ne savent où vaguer.

Une trembleuse

S’assemblent
Sur ses rayons
De soie
Des perles
D’eau,
Monture
Gracile,
Un battement
Du vent
Rompt
La maille
De la parure,
Sur l’herbe,
Les brisures
Des gouttes,
Les écheveaux
De fil,
Une toile
Désordonnée.

Pour seul estran

Ici, sans la consolation de la mer, sans le chant de berce des vagues, sans l’horizon et noir, et bleu et vert, seule s’étend une algue de glaise, lourde à se mouvoir sous le vent.

Gomme

Qui déprénomme,
Le désamour,
Et débaptise,
Retirant
Le galon
D’un prénom,
Et raye
De la rouelle
De son chrême,
Un front
Qui ne lui
Est plus rien.

Crachin

Lettres
Se déformant
Sous la main
Humide
De la pluie,
Amas fondu
Au noir,
Lessive
Des mots,
Papier
Bruiné.

En Villequier

Adèle errante, servant fidèle, une ombre et ses tourments. Son chemin sous ses pieds se décolle et sur lui s’enroule comme un lé de papier; pieds en socques et en sang, âme déliée, orant sans retour, éperdument

Publication lue, et empruntée à Lionel-Edouard Martin

S’il est quelque plaisir à se remémorer Ses bienfaits d’autrefois, quand on croit être bon, S’être montré fidèle à ses serments sacrés, N’avoir trompé personne en mal usant des dieux, Tu auras bien des joies, Catulle, en ton grand âge, Du fait de cet amour si mal récompensé ! Car tout ce que de bien […]

via Catulle (84-54 av. J.-C.) : Supplique aux dieux pour qu’ils l’aident à rompre (poème 76) — Lionel-Édouard Martin

Un pont de sept ans

Quand dénouant les manches enchevêtrées du manteau, ses mains arrêtées au regard d’Hedda. Elle ne cilla. Il ne parla pas. Seul, le froissement du tissu se prononçait.Ses yeux la crochetèrent. Le balancier du trapèze l’emporta très haut.
Max compta.
« Alpha-november, réveille-toi… »

L’atelier

J’ai saisi la canne brûlante du verrier, l’âme de mes doigts s’y est brûlée. Le charbon s’est fait crayon, et souffle le Biot de ses mots, lourds de leurs bulles d’air qui s’élève, et que jamais plus vous ne cueillez.

Février, juillet

De l’hiver,
Sa pâte
De verre,
Votre surgissement
De février
A soufflé
Une paraison,
Un vêtement
Transparent
Comme
Lumière,
Dont vous
Avez
Cassé
La coque,
Un matin
Qui n’avait
Plus rien
De l’été.

Douter de la lumière

J’ai ouvert le fruit vert de l’été. J’y ai vu le germe de pierre de l’hiver, ce noyau tant redouté.