ce que vos yeux vairons

Mois : janvier, 2016

Chartier

 

La rumeur s’est assourdie,

On ne distingue plus guère

Sur le tirage jauni

Les cuillères

Raclant des fonds

De bouillon

Et les verres assénés

Comme autant de cachets

Sur le blanc des nappes

Qui se constellent.

La volte des garçons,

Plateau d’argent,

Discoboles chargés

De plats fumants

Est suspendue.

Ils ne serviront plus

L’oeuf mimosa,

Le jarret

Et la mousse au chocolat.

Le temps s’est arrêté

Sur le tirage qui a vieilli.

 

 

 

 

 

Leçon de musique

Promettez-moi,

Lorsque tout cela

Ne sera plus un jeu,

Quand vous ne rirez plus

Et grimacerez

De mes fautes,

Quand la coquetterie

De la discordance

Se fera verrue,

Et que l’enjeu

Du sérieux

Fera entendre

La basse sourde

De sa voix,

Que vous me direz

Encore que vous n’avez

Pas oublié combien

Le grain incertain

De mes cordes

Un jour aura pu

Vous troubler.

En découdre

Le grand arbre

Pousse son aiguille

De bois jusqu’au ciel,

Son écharde en troue

La peau qui saigne

Sur la terre

Le sang pâle

D’un nuage.

 

Mist

Il eut fallu,

Je n’ai pas su

Autre chose

Que de glisser

Le long de ceux

Que j’ai craint d’aimer

Et que j’ai feint de dédaigner,

J’ai moissonné un blé maigre

Qui me tient froid.

Dans mon grenier, la poussière,

Des traces de pas que le vent

Par la lucarne chasse,

Ainsi que je l’ai fait

De mes vivants.

 

 

Continuum

Le tuilage des voix

S’accomplit, le cordon

Du souffle de bouche en bouche

Se conduit, le son

Se perpétue ,il dit tu,

Je dis vous, nulle gorge ne faillit,

Circulation de la mélodie qui jaillit

Et ricoche son galet

Sur le cercle des chanteurs réunis.

 

Rebords

Où pousser mon radeau,

Je cherche des rivages nocturnes,

Aux ombres immobiles et seules,

Abat-jour silencieux de la lune,

Je suis l’invité des roseaux et de la dune,

Et du chant des oiseaux.

La pantomime

A la croisée des choix,

Le chemin des regrets,

Le segment des désarrois,

Les pantoufles tièdes,

Ou les pieds brûlant de froid,

Oser,

Les pas me sont comptés,

Mais enfin s’éveiller à soi.

Dazibao

La page,

Le mur,

Ton doigt,

La craie,

Ou la peinture,

Ecris,

Bravache,

Amour, toujours,

Je te le jure !

Ou mort

Aux vaches,

On les aura,

N’oublie pas.

Le mur, lui,

Longtemps

Se souviendra.

Tant et tant

Au fond de l’armoire,

Un sachet de lavande éventé,

Ainsi ma mémoire

Qui s’épuise,

Oublieuse,

Echappés,

Les souvenirs,

Ils se rident

Comme une fleur fanée.

 

Plan en coupe

Les pétéchies

De l’orange sanguine,

Son jus rosat

Sur la table de la cuisine.

L’air du temps

Soleil en poitrail,

Dos bleu de vitrail,

Une petite mésange,

Haubanée aux couleurs

Du printemps,

Boule ébouriffée

De Noël accrochant

Son chant aux ramures

Etonnées et nues

Du pommier en sommeil.

L’empreinte

Quand l’orbe de vos

Mains fait un berceau à mon

Visage chagrin.

Direction d’orchestre

Silencieux concile

Où il ne se murmure

Rien, les prélats

Immobiles, gris

En la pourpre

De leur chasuble,

Chapitre muet

Qui fixe

Du vide

De ses yeux

Un pupitre

Déserté.

La préemption

Rachat

De mes fautes

Aux enchères,

Votre pécule

Au poids

De mon péché,

Le fléau penche

Et bascule,

Ma rédemption

Oscille,

Le noir

De mon âme

Fait pencher

La balance,

Cependant

Qu’un étrange

Equilibre

Se fait,

Quand à crédit

Vous arrachez

Ma vie

Au nez médusé

Du maître-priseur.