ce que vos yeux vairons

Mois : août, 2016

Demain, il sera trop tard

Pavlov’s dog

La chamade violente qui l’agitait lorsque haut au dessus d’elle s’épanouissaient en un grondement doux les lianes traînées lentement par les routiers du ciel.
Max dansait là haut. Sans elle.
« Où êtes-vous ? »

Schreien

L’amertume, écume
De la colère, la lie de
Mes emportements.

L’arrondi

Le ciel au dessus d’elle se quadrillait, les avions halaient leur bannière, chalut de condensation, pêcheurs de nuages. Hedda souhaita bon voyage à Max. Elle baissa la tête.
« Reviendrez-vous voler dans mes parages ? »

Bécarre

Ses lettres épaisses, affranchies pour un voyage de sept ans. Un cal au majeur, une rondelle de peau, comme un sceau posé sur son doigt, une marque d’écriture. Posé à côté de la pile, un ouvre-lettres, cadeau lointain, dague de dame, lame fichée dans un quartz pour tout pommeau. Ses lettres, et leur ouverture, toujours la même, un échiquier où se jouait, mot pour mot, le même air, grave ou léger. Le temps n’avait rien altéré d’autre.

Moisson

Enivrée, la tête balancée vers le ciel, Hedda en buvait son bleu immaculé. Elle n’en avait jamais vu de pareil, sans l’once de la ronce d’un nuage. Ses yeux écarquillés, comme une bouche avide sur l’immensité. Une morte de faim qui engouffrait à pleine bouchée. Elle n’en laissa pas une miette, satiété de crevarde. Elle redoutait la migration des bleus de toutes les couleurs vers d’autres cieux. Elle redoutait l’absence. Le creux laissé par Max.

Chat perché

« Si vous me lisez,
Si de ce temps particulier
Qui a vu des chaînes
Se défaire et puis tomber,
Si votre mémoire
Ne s’est pas froissée,
Si de ce que je vous ai écrit,
Seules, sages, les pages
Et l’encre ont pâli,
Si le temps qui va
Doucement coulant
En un filet d’eau
Qui s’entête et ne tarit
Pas encore, alors
Soufflez, soufflez
Sur les brûlis,
Dessous les cendres grises
S’attise un feu
De février, bûcher
De bois dormant,
Crayon, papier,
Mots grésillants,
Chauffés à blanc,
Ronde muette
D’une ritournelle… »

Hedda chantonnait. L’horizon dégagé, le ciel lavé à grande eau révélait son bleu ciel immaculé. « …qui dit entendez-vous quand je vous appelle ? »
Satan s’étira et lui tourna le dos. Le mélo, c’était pas son truc.

Talon-pointe

Au bout de soi se tenir, sur la pointe des pieds, voir loin et revenir au plat, à un horizon qui ne se dépasse pas.

Red quest

Haut au dessus
De la mer,
Les larges dalles
Du surplomb,
Un balcon.
Un tampon
D’éther,
Narcose
Légère,
La toile
D’un mouchoir,
Pliée,
Carré
Qui retient
Encore
Presque morts
Les contours
D’un amour
Au vent
Séchant.

Minor song

Infléchir, amener à la génuflexion une ligne droite, qui se fait docile et courbe, et s’augmente d’altérations comme une portée. Les notes alourdies sonnent, à peine déviées. Mais le thème n’est plus tout à fait le même.

Extraballe

Max était parti en claquant la porte sur le coeur d’Hedda. Il n’avait pas respecté les termes du contrat. Quand on part, le coeur, la tête. Il n’avait pas fini le boulot. Sa vie était devenue grise comme les limbes. Une décalcomanie.

Sans réservoir de secours

Hedda était devenue le majordome de ses souvenirs. Elle faisait régulièrement l’argenterie, comme d’autres révisaient le moteur de leur voiture. Tout était en état de marche. Une discipline quotidienne, la voix, les inflexions, tout était encore là. Elle vivait sur ses réserves.

1+1

Taciturne, hargneux quand il le fallait, un canon de mocheté. Le compagnon idéal, aucun effort de conversation. Mieux, il ne rechignait pas à prendre l’avion, un OPL au poil. Hedda et Satan, ça a collé au premier coup d’oeil.

Black sabbath

Satan tendit sa tête pelée. Une oreille poinçonnée comme un ticket de métro, un oeil crevé, l’autre, jaune, posé comme une pièce de vingt centimes sur le haut de son museau.
Tout à fait le chat qu’il lui fallait. Un rescapé. Une teigne. La meilleure des sales bêtes. De celle qui vous adopte et qui vous colle à son service.
Hedda flatta la tête de l’animal. Un coup de patte lui rappela la règle. Pas d’attendrissement entre eux.

La salle des pas perdus

S’ensevelir dans la nuit, comme au plus sombre d’un terrier. Taire le jour, ordonner le silence aux souvenirs. Frotter son coeur jusqu’au sang, pour en enlever les taches. S’arracher Max de la peau. Hedda dormit enfin.