ce que vos yeux vairons

Mois : novembre, 2015

Le boqueteau

Les arbres

En crucifix

Implorent

Du squelette

Noir

De leur ramure

Les cieux

Obscurs

De l’hiver.

 

Rue de la Charité

J’ai vu deux âmes, en indicible noblesse, me faire don, les mains nues, du soleil.

https://youtu.be/XnfmagQoYrA

Il n’y eut pour elle plus d’autres forêts que celle des chevalets. Et l’humus noir des crassiers.

Prendre de la hauteur

Son dos, un granite terrassé, qui avait été si longtemps son havre. Elle ne garda de lui que cette image. Son plus lourd que l’air entravé. Elle prit la route de Saulcy.

Col relevé

In the wee small hours of the morning

Gerry Mulligan

Squadron laideur

La cire fondue de son visage. Le suint de la haine avait glacé ses traits en un papier mâché. Elle vit le trou noir de sa bouche haleter sale son nom. Ses adjectifs abjects. Et son bras qui fouetta l’air et se brisa sur la clef d’un autre avant-bras.

René avait tout vu. Max. Son binôme. Son frère d’élection. Son squadron leader.  Il l’envoya au tapis sans l’once d’un remords.

« Vas chez Irène. Fous le camp. Il va te tuer »

 

Immelmann

Le vent et les pierres.

Le hangar gronda sous les coups de boutoir. Elle sut. Elle sut Max et sa rage. Le bélier de sa tête sur le vantail verrouillé.

Alors elle se souvint de sa première leçon de voltige et décomposa lentement le mouvement.

« Affronte l’adversaire de face. Toujours. Mais surprends le »

Elle fit lentement rouler la porte sur son rail.

Leur histoire entra en son hiver.

 

 

 

Debout

L’échelle

Edentée,

Comme

Un sourire

Assombri.

Mais elle

A grimpé,

Et sa voix

De vigie,

A ,

Rauque

En ses brumes,

Doucement

Voilé,

De son

Bel automne,

Les accords

Du  passé.

 

Mauvais calculs

Laisser les humeurs

Sombres passer par le rein

De la poésie.

« Et c’est difficile, le choix d’une vie »

Aller écouter

Véronique,

Jeter un pont

De Strasbourg

A la Colombie Britannique,

Oser

Le premier rang,

Et au vent

Mauvais,

Aux mauvais

Génies,

D’un monde

Terne

Et gris,

Je fredonne

Avec elle

Ses ritournelles,

Tristes

Et belles.

Son Vancouver.

 

 

I’m dreaming of home

Au fond de sa poche, les perles tièdes sous ses doigts gercés. Le collier d’une courte trêve. Elle le posa sur l’établi sale.  L’huile de vidange commença lentement à carier les grains de nacre.

 

Un trait

Léger

De plume

Deux zigzags

Un rond

A dresser

Contre

L’enclume.

NON

Max’s waltz

Bix Beiderbecke

I’m coming Virginia

« Les visiteurs du soir »

Le hangar se referma sur elle comme comme la porte d’un tombeau que l’on scelle. Elle attendit le silence et le froid. Que les sueurs se dissipent. Qu’il ne soit plus là. Alors elle huma, les huiles, le métal encore chaud, les chiffons graisseux. Elle s’étourdit comme d’autres s’enivrent de Jicky. Elle était chez elle, elle le savait. Mais elle avança comme une voleuse. Elle profanait. S’il le savait… Elle marcha doucement comme une garde-malade entre les carlingues au repos. Au fond de l’atelier, elle vit le Morane à la lutte sur la même ligne que son Stampe. Deux carcasses silencieuses. Ebréchées. Une aile de sa libellule pendouillait un peu.

Le beau rôle

Désarçonné,

En bras

De chemise,

L’hiver

Hier encore,

La mine

Patibulaire,

Joue,

Maladroit,

Les jeunes

Premiers.

Il tombe

Son masque

Austère,

Second

Couteau

Surpris

Par la claque

Qui

Applaudit

Un pauvre

Hère

Que le printemps

De novembre

Enfin

Embellit.