ce que vos yeux vairons

Mois : décembre, 2015

Vos papiers

De verre, de fer, de

Bric et de broc, mais les faire

Tomber à vos pieds.

 

Péage

L’arche de votre

Dos, comme un chat en colère,

Un pont à franchir.

Himmelblau

Au dernier jour de

L’automne, j’ai vu le soleil.

Il a les yeux bleus.

In your clouds

Les gemmes

L’herbe

En aspic

Sous sa croûte

Gelée,

Au jardin

Immobile,

En sa verte

Houle

Figée.

Au roulage

Le soir ces jours là fut d’un marbre noir. Et l’ivoire des étoiles qui en mitait la surface. Le ciel silencieux ne se troublait qu’à l’angélus. Hédda attendait à l’orée de la nuit.

Alexandre et Clémence

Prière

De la lumière

Du cierge

Qui vacille

Devant l’icône.

Donne leur la paix.

Nie vergessen

Doxologie d’Hédda

Avec vous, sans vous,

Incertaine trinité

Pour seul Panthéon.

Autostop

Hier, maintenant,

Le temps remonte son cours,

J’attends sur ses berges.

 

Fort et clair

Hédda à la pesée.

« Qu’avez-vous fait de tout ce temps ? »

« Des trous dans le papier, jusqu’à vous gommer. Mais j’ai gardé les rognures »

« Votre incapacité à vous séparer » Sa voix souriait.

« Et vous ? »

« J’ai repeint les murs »

« Souvent ? »

« Dix sept fois »

Ils furent deux à sourire pour la première fois.

Le ciel cette nuit là se mit à son plus beau noir.

La fille du capitaine Smith

Hédda était le fils que son père n’avait jamais eu. Obstinée, têtue jusqu’à la mauvaise foi. Un monolithe. Elle avait rompu le silence radio. Son destin était scellé. Elle comptait.

« Vire, bon sang ! »

Elle ne savait pas à quoi  son appel allait s’opposer. Le néant. Elle espérait le fracas des mots sur la glace des ans.

Allait-elle fourbir, ou sourire à Max ?

Une place à l’ombre

L’odeur sanguine du sable de l’arène. Elle y esquivait le réel comme on frôle les cornes d’un Miura. Elle y laissa le plexus d’un bras.

L’an dernier, à la même heure

Je saurais vous dire avec exactitude pour qui j’ai écrit. Pardonnez-moi de ne savoir composer avec les vivants. Ce sont les morts qui me sont familiers. Les vivants me déconcertent. Leur langage m’est étranger. Gaffiot des langues oubliées. Marcus, tu quoque ?

Rouge Baron

Elle avait une prédilection pour ces moments qui la retiraient du cercle des autres, ces passages obligés dont elle s’affranchissait parce qu’elle en avait rejeté les règles. Les cocktails l’ennuyaient dès lors qu’il s’agissait de régler la note d’un Bloody Mary d’un bout de conversation mondaine où il était de bon ton d’éreinter et de persifler. Elle se contentait de siffler son alcool, muette. Au mieux, elle passait pour une pauvre fille incongrue, au pire pour la poivrote de service. Elle n’en avait cure. Si le champagne était bon, elle éclusait consciencieusement, s’il l’était moins, pareillement. Sa science de l’ivresse faisait fi du bon ordonnancement du cordon des bulles. Seul lui importait l’isolement, la camisole que les verres qui se succédaient nouaient dans son dos.

Leur parler ? Pourquoi donc ?

Lui parler ?

A quoi bon ?

On disait d’elle « Pauvre Hédda ».

Hédda. Qui aimait bien  moins les enfants que les chiens, et bien plus les avions que les trains. Une drôle de fille. Max le savait bien.