ce que vos yeux vairons

Récit corallien-3

Me voilà de retour, les bois sont ici meubles de bois, le toit, une canopée de tuiles, le bourdonnement, que j’aimais là-bas, celui des abeilles, est ici grésillement, la radio, insecte importun, son halo de voix tsé-tsé, leur opium qui bercent et endorment.
Je m’alite dans la chaleur, sur le côté, comme ces vieux fumeurs, Celestials de Jules Verne
Le rêve est brume de forêts et d’étangs.

Récit corallien-2

Il me reste encore un peu de Haut cahier, de quoi écrire un ou deux verres, la haute maison est fermée, je la verse en levain-mère dans le vinaigrier, nourrir le récit corallien.

Récit corallien-1

Dans ma main, sur la liste, les fruits, les légumes, je la retourne, je note, le rayon de la boucherie, l’homme âgé, le cageot de raisins.
Dans la cuisine, machinalement, le rangement, les sacs se vident.
Je pense, l’odeur de sang, âcre, du fond de la boucherie, jusqu’à l’orée du rayon des pâtes, peut-être des bêtes mal mortes, et dont les quartiers à l’étal exhalent quelque chose, comme un râle muet, et odorant.
Le vieil homme, qui regarde le muscat de Hambourg, une belle grappe, rangée dans un couffin de plastique transparent, raisin à l’écrin.

Le haut cahier, page 67

L’ison du saule, et du peuplier, le long de l’eau, que le vent froisse, et presse, jusqu’au jus du chant, une feuille tombe, jaune, et la modulation change.

Le haut cahier, page 66

Je jette, fontaine de Trevi, dans le courant, le dé de deux cailloux, l’un, vert-luminescent, comme cette pâte qui marquait chaque douzième des réveils, dans le temps, l’autre, de ce rose foncé, jus d’orange sanguine pressé.
Tous les jours, deux cailloux, je verse la montagne dans le torrent.

Le haut cahier, page 65

Il descend, rouge, comme le gros nez d’un clown, le soleil sur la mer, et il sème jusqu’à moi, sur le clapotis, un caillebotis mouvant, lattes d’eau, fauve, orangée, je lève un pied, la marelle, pas japonais jusqu’à l’horizon, un, deux, trois, croire, et ne pas couler.

Le haut cahier, page 64

Le haut-fourneau a eu sa saison, temps du ressac, la chaleur rentre dans ses terres, son terrier de septembre, sur l’estran, des corps secs, et friables, souviens-toi, à la toute fin, la voix mélancolique du conteur, de la poudre d’os, Quasimodo enlaçant Esmeralda.

Le haut cahier, page 63

Lire, in petto, la tête, caisse de résonance, un oud, une kora, bam, bam, du sang, un rugissement, tambours du Bronx.

Le haut cahier, page 62

À parts égales, stalagmite, stalactite, l’arbre.
Ses concrétions à ciel ouvert.
La forêt verte est une grotte.

Le haut cahier, page 61

C’est un arbre remarquable.
Un arbre à adjectif, la prairie est son enclos.