ce que vos yeux vairons

Récit corallien-7

De l’autre coté de la baie vitrée.
L’eau n’a plus rien de savonneux, la mer.
Voix de rogomme d’un vieux lion de mer, la mer ?
Gifle de sable.
L’ombre chinoise d’un pin parasol sur un soleil couchant ?
Gifle de sable.
N’écris plus rien de rectangulaire, en forme de carte postale.
La mer.

Récit corallien-6

On a coupé le son aux vagues.
Derrière les baies vitrées, la mer, et son écume, de l’eau savonneuse, à travers le hublot d’une lessiveuse, l’asthme d’un vieux lion.
Ouvrir une baie.
Le lion reprend du poil de la bête, une gifle de sable, le vent a pris une bouffée de Ventoline.

Récit corallien-5

Dans la vitrine, un repose-tête, dynastie lointaine.
Je penche la tête, lèse-majesté, pose son reflet sur l’arc de bois.

Récit corallien-4

L’infrason d’un mot murmuré si bas, qu’il ne laisse aucune trace.
Garder le souvenir d’une voix aimée, tourner sur le papier son sceau-cylindre, la voir dérouler les volutes de son indienne, lire une lettre.

Récit corallien-3

Me voilà de retour, les bois sont ici meubles de bois, le toit, une canopée de tuiles, le bourdonnement, que j’aimais là-bas, celui des abeilles, est ici grésillement, la radio, insecte importun, son halo de voix tsé-tsé, leur opium qui bercent et endorment.
Je m’alite dans la chaleur, sur le côté, comme ces vieux fumeurs, Celestials de Jules Verne
Le rêve est brume de forêts et d’étangs.

Récit corallien-2

Il me reste encore un peu de Haut cahier, de quoi écrire un ou deux verres, la haute maison est fermée, je la verse en levain-mère dans le vinaigrier, nourrir le récit corallien.

Récit corallien-1

Dans ma main, sur la liste, les fruits, les légumes, je la retourne, je note, le rayon de la boucherie, l’homme âgé, le cageot de raisins.
Dans la cuisine, machinalement, le rangement, les sacs se vident.
Je pense, l’odeur de sang, âcre, du fond de la boucherie, jusqu’à l’orée du rayon des pâtes, peut-être des bêtes mal mortes, et dont les quartiers à l’étal exhalent quelque chose, comme un râle muet, et odorant.
Le vieil homme, qui regarde le muscat de Hambourg, une belle grappe, rangée dans un couffin de plastique transparent, raisin à l’écrin.

Le haut cahier, page 67

L’ison du saule, et du peuplier, le long de l’eau, que le vent froisse, et presse, jusqu’au jus du chant, une feuille tombe, jaune, et la modulation change.

Le haut cahier, page 66

Je jette, fontaine de Trevi, dans le courant, le dé de deux cailloux, l’un, vert-luminescent, comme cette pâte qui marquait chaque douzième des réveils, dans le temps, l’autre, de ce rose foncé, jus d’orange sanguine pressé.
Tous les jours, deux cailloux, je verse la montagne dans le torrent.

Le haut cahier, page 65

Il descend, rouge, comme le gros nez d’un clown, le soleil sur la mer, et il sème jusqu’à moi, sur le clapotis, un caillebotis mouvant, lattes d’eau, fauve, orangée, je lève un pied, la marelle, pas japonais jusqu’à l’horizon, un, deux, trois, croire, et ne pas couler.