ce que vos yeux vairons

06/12/2022, en attendant

Il y a les vivants
Qui remettent les morts
En forme,
En humbles servants,
Lavent les corps.
Application
En couche de laque,
Le rond
Sur le haut de la pommette
Y figure un semblant
De sang,
Beige rosé,
Les paupières lissées
Sur le sommeil,
La veille longue
Vers l’éternité.
Ceux qui écrivent
Aussi,
Petit coup de marteau
De dinandier
Pour défriper une peau,
Décabosser le souvenir,
Se penchent sur eux,
Ajoutent une fleur
À l’ensemble,
Le récit d’un bouquet
D’héllebores
Couché entre les doigts
De celle qui dort
Embaume l’air,
Les fleurs blanches
Ne sentent rien,
Mais il suffit de faire dire
Aux vers
Parfum d’herbes coupées
Au printemps,
Pour que le joli mois
De mai de Jeanne
Recouvre de brassées
La cyanose bleutée,
Les cendres de l’hiver

05/12/2022, avant demain

Le vent tournoie
Son hiver glacial
Au rouet
Autour de l’église
Au fouet sur le parvis
Les cous dénudés
Rentrent dans les épaules
Rentrent dans l’église
Et la bise sous le vantail.
Le froid encapsulera les chants
De bulles de buée,
On se tiendra la main
À travers les gants
Les yeux rivés,
Les minutes tomberont
Comme un grésil,
Les toux monteront
Jusque sous la voûte
Qui en dispersera
La réverbération gênée.
Pas même une heure,
Pour l’au-revoir
À une vie.
Et le vol d’une mouche nous divertit

05/12/2022, l’attente de mars

Les dernières feuilles
De l’amaryllis sont
Tombées.
Sur le panonceau,
Il faut lire,
« Je reviens de suite »,
Ainsi que le fait
Le concierge qui s’est absenté

05/12/2022, sous le réverbère

Au dernier de novembre,
Jour à la lumière perdue
Dans le filandreux gris
De la rue,
Aux bruits cotonneux,
Des voix contenues des passants,
Deux miaulements,
Et le petit chat tout blanc de lai
Menu,
Qui se penche
Sur sa patte
La lèche
En un geste gracieux,
Ballerine qui lace
Sa pointe.
Aux premières minutes
Du premier jour
Du dernier mois,
Décembre clôt l’année,
Jeanne s’en est allée

04/12/2022, après le crépuscule

Combien sont-elles,
Rues du 4 décembre
À irriguer les environs
De l’hiver glacial
Mon petit père
Joue avec une balle
Qui ne rebondit pas,
Jetée de l’un de ces chars,
Comme l’on fait,
Bonbons, harengs
À Carnaval
Elle est orange,
Made in Florida ?
Le jus poisseux coule,
La balle a crevé.
Petit père de Jeeves,
Qui exerce sa harangue,
« Help you, Mister ? »
Où sont nos petites mères,
Couvertes de laine,
De bonnets
De rubans dans les cheveux,
De rouge aux joues,
Coups de soleil de la neige,
Je me demande,
Jours ultimes de froid,
Les sous-sols les plus obscurs
De l’année,
Avant que la lumière
Ne se rassemble
À nouveau

1944

03/12/2022, après-midi

Sur la table
D’opération,
Endormi,
Le coeur.
« Écarteur »
« L’ouvrir sur l’extérieur »

03/12/2022, de nuit

Ce soir
La table sera de sortie
Grand arroi,
Pavoisée de rouge et de vert
Entrecroisés,
Au gré de la nappe.
Et disposés en atours
Les petits,
Les grands,
Deux filles du Docteur March,
L’une au loin,
Et la Très Absente,
Les quatre sont là.
L’une servira les Mannalas,
L’autre le chocolat.
Les enfants auront
Les doigts brillants
De sucre,
Les grands
Les yeux plus grands,
Loupe sur le bord
Des cils,
Où plongera
La lumière du lustre.
En se penchant
Sur ces minuscules
Perles de verre tremblant,
Lorsque l’onde aura recouvré
Ses esprits,
On pourrait y voir
Remonter,
Kitège furtive,
Les visages
De celles
Autour desquelles
La mesnie
En songe
Se sera rassemblée.

À Jeeves

02/12/2022, vers la nuit

S’il s’ébrouait,
Le petit chien étain
Des Arnolfini.
Le tableau tremblerait
C’est certain,
Mais le petit chien.
Est-il dans de l’ambre gris pris,
Ou poussière de neige,
Aux pieds
Des Arnolfini

02/12/2022, vers le soir

Le coeur sans cœur.
Ces jours où je suis membre
De sa famille,
Ces jours de fugue
De fuite par une fente
Changer son naturel

02/12/2022

Ils ont leurs truchements,
Message de papier cuit avec le Fortune Cookie,
Celui plié sous la papillote aluminisée de Noël,
Messe de Minuit,
Les Dieux.
Je dépiaute les chocolats,
À la recherche
De l’éclat de voix
Adéquat.
Il serait plus simple
De se taire,
Et d’écouter.
Je fais pourtant le tour
De la pupille
En miroir de sorcière
D’Oncle Ho
Qui passe entre les pieds
Des Arnolfini,
Et agace
Le chien gris
Figé près
De la socque de bois.
Écouter la voix du vent
Sans en saisir tout
La voix du vivant,
Le chat miaule derrière
Le double vitrage,
Il faut le voir pour le croire,
Dire bonjour aux morts depuis longtemps,
Tu les entends,
À ceux partis
Hier,
Dont la parole,
En réverbération
N’a pas fini de résonner,
Peinture fraîche,
Jeanne de Jeeves,
Qui lentement
Sèche