ce que vos yeux vairons

La nauséabonté

Apanage rance de l’âge, sa cruauté, aigre-douce.

Alambic

Dans le mortier, qui sent, noir, comme une théière culottée, de la poudre, des baies à demi broyées, des clous, de la gomme, du verre dépoli, cailloux d’oliban, gravier du genièvre, lentes du carvi, perles molles du lentisque, une garrigue, armoire d’apothicaire, ses portes entrouvertes sur le maquis, papier d’Arménie, une cigale stridule, sur la margelle du mortier, au fond, un jus, du noir au vert, un brassin, brûle-parfum, l’Orient.

To(d)tem

Jpeg

Jpeg

Lacunaire

Jpeg

Zum Wohl, Bruder !

Pour un sloop, une caravelle, prendre un clavelin.
Pour une barque, un sous-marin, un flacon de vin du Rhin.
Boire, on n’a rien sans rien.
Coucher la bouteille sur le flanc.
Faire un lit de lie.
L’imiter, si l’on est fatigué.
Puis laisser faire la nuit, ses levains, et au matin, coquille de noix, Manureva, un esquif, trois bouts de bois, amarrés.
Le voir, pour le croire.

Un point, c’est foulque

Jpeg

Albédo de nuit

Le billot est bois, pierre, et lave, tout à la fois.
Lisse comme de la fonte, souple comme du balsa.
Ses yeux, de calcaire, ses pupilles, d’obsidienne.
Sa chair mystérieuse, et noire.
Le billot est un arbre pascuan, qui regarde vers la mer.
Lorsqu’il baisse les paupières, son regard de verre, qui s’éteint.
J’attends le matin.
Me parler.

La porte à tambour s’est arrêtée

J’ai fait le grand saut.
Et je n’en finis pas de tomber.
On s’habitue.
On aime ce corps débarrassé, léger, son flottement.
Le sol est loin de moi, reformuler les lois de la gravité.
Je suis limaille, rien ne m’aimante.
Le regret, parfois.
Et puis, non.
L’école est finie, ce qui m’en chasse, enfin, l’absence de désir de maitre.
Je le salue, piété filiale, il me sourit.
La porte a toujours été ouverte.
Je n’ai rien à pousser.
Je n’ai rien perdu.

Leaves, ça veut dire feuilles, aussi

Quand parfois le vent la cintre jusque sur l’eau, la branche du saule grave sur la cire de sa surface quelque chose, le début d’un frisson.

Quarteron

Le vieux pêcheur, qui ne pêche pas.
Il observe le vol d’un rapace, son ombre par dessus les champs.
« Eine Weihe! Bou-zarde ! », et son geste ample, un éventail qu’il ouvre vers le ciel.
Il fait l’effort, alors j’approche.
Mon approche, de quel genre, Adler ?
« Adler ? »
Hum, il hoche la tête.
« Kleiner », et il rapetisse l’oiseau, l’aigle fond, son envergure s’ajuste, et le bou-zarde se fait busard.
« Ah,jo »
Les aiguilles gothiques du hochdeutsch s’arrondissent.
« Du rädscht platt ? »
Je hoche la tête.
Tout ce qu’il me dit alors, dans notre langue, les sept sources, les écrevisses, il fait le geste, il claque des doigts, comme on claque des pinces, le temps passe, l’étang est rond, une table ronde, il n’y a pas de frontière, « Bis bald ! », nous sommes dans le cercle.