ce que vos yeux vairons

Tag: Depuis la Forêt Noire

Le haut cahier, page 67

L’ison du saule, et du peuplier, le long de l’eau, que le vent froisse, et presse, jusqu’au jus du chant, une feuille tombe, jaune, et la modulation change.

Le haut cahier, page 66

Je jette, fontaine de Trevi, dans le courant, le dé de deux cailloux, l’un, vert-luminescent, comme cette pâte qui marquait chaque douzième des réveils, dans le temps, l’autre, de ce rose foncé, jus d’orange sanguine pressé.
Tous les jours, deux cailloux, je verse la montagne dans le torrent.

Le haut cahier, page 65

Il descend, rouge, comme le gros nez d’un clown, le soleil sur la mer, et il sème jusqu’à moi, sur le clapotis, un caillebotis mouvant, lattes d’eau, fauve, orangée, je lève un pied, la marelle, pas japonais jusqu’à l’horizon, un, deux, trois, croire, et ne pas couler.

Le haut cahier, page 64

Le haut-fourneau a eu sa saison, temps du ressac, la chaleur rentre dans ses terres, son terrier de septembre, sur l’estran, des corps secs, et friables, souviens-toi, à la toute fin, la voix mélancolique du conteur, de la poudre d’os, Quasimodo enlaçant Esmeralda.

Le haut cahier, page 63

Lire, in petto, la tête, caisse de résonance, un oud, une kora, bam, bam, du sang, un rugissement, tambours du Bronx.

Le haut cahier, page 62

À parts égales, stalagmite, stalactite, l’arbre.
Ses concrétions à ciel ouvert.
La forêt verte est une grotte.

Le haut cahier, page 61

C’est un arbre remarquable.
Un arbre à adjectif, la prairie est son enclos.

Le haut cahier, page 60

Un taon mord la tranche de ma paume, la cerise d’une grosse goutte de sang, devant moi, des insectes rapides, leurs trajectoires rectilignes d’aéronefs futuristes du « Cinquième élément », qui ne tiennent compte de rien, juste ma main, un obstacle à sucer, jusqu’à la mort, mon autre main écrase la mouche accrochée à la plaie, à ma gauche, en montant, à droite, en descendant, le torrent cascatelle, le bruit d’une baignoire qui se remplit, y plonger le poinçon, oh, l’eau, premier baume.

Le haut cahier, page 56

Les tendons, reliant de leurs lambeaux le passé au présent, devant moi, mon récif-t coral-lien, je ne passe pas la barre, je n’échappe pas à mon île.

Le haut cahier, page 54

L’île, ce ruban de Moebius, où même l’eau finit par être ciel, construction de l’esprit, ce bout de trottoir peut être île, et mes yeux, un coin de miroir, very small telescope.