ce que vos yeux vairons

Catégorie: nature morte

L’irruption

Je lève la poussière sur les étagères de
La bibliothèque, chamboultou, quelque chose tombe
Ne dis pas le contraire, tu l’avais espéré
Je ne le nie pas. Forcer la main au destin
Quelque chose est un livre, le titre importe peu,
Ce qui compte, ou bien, conte, c’est sa voix d’outre-tombe
Les annotations si fines, micron de crayon, on
Les dirait écrites au cheveu, cheveu blond
D’Agnès, tombée du ciel de la bibliothèque
Je lis avidemment entre les lignes, le cours
De ta belle écriture, le passé pousse, tout neuf,
Des lettres enroulées, comme du liseron, sur
Une grille, une charmille du printemps.
Je repose le quelque chose sur le rayonnage,
Le penche sur la tranche, afin qu’il tombe bien,
Au prochain jour de ménage

Disparition

Sur la pomme qui
Se fane, la tavelure
Noire d’une mouche.

Narcose

Dans le cartable,

Une pomme. Le cuir, imprégné,

Son tampon d’éther.

Une vanité

Les orbites lisses,
La porcelaine poncée
Du crâne. Sablier.

La mal élevée

La vieille mendiante a
Faim. Je lui offre une rose.
Elle me tourne le dos.

Beaupré

L’arbre. Ses branches en
Entrelacs. Des croix nues d’hommes
Sous les clous du froid.

La brûlure

Le froid.

Le ciel.

Sa glace noire.

Le jour passera t-il

A travers.

L’onglée

Des doigts

Collés

Sur la tasse.

Douleur

De la chaleur.

Le destin de Babette

Dans un coin

Sombre

Et sage

Du monde.

Une maison.

Dans la maison,

Le tombeau

D’un oiseau.

Une caille

En sarcophage.

Les yeux fermés

Hier la nuit,
La charrette
A grincé
Pour Ernestine.
Prénom précieux.
Une citrine,
Une pierre de lune.
Garde funèbre,
L’ Ankou a hélé.
Roulement de tambour,
Les fenêtres
Calfeutrées
Sur les ténèbres.
Les vivants
Tremblés
Autour de l’âtre.
Elle n’a pas
Cillé
Au moment
De tendre
La main
A la main
Tendue
Et de s’enfoncer
Avec elle
Vers des chemins
Désormais
D’elles seules
Reconnus.

Relaps

Je suis de l’ordre
Des calcinés,
Ma soeur Jeanne,
Molay brûlé,
A vos pieds
Se consumant,
Les fagots
Des maux
Auxquels
Vous n’avez su
Renoncer.