ce que vos yeux vairons

Catégorie: Les Pommes

Ascendance

Max était un cavalier des noirs, un enfant de l’absence des lumières, d’un automne qui pactisait déjà avec l’hiver. Son ciel, couleur de plomb, le soleil, un tube de néon. Il s’était hissé bien au delà ensuite. Sa revanche sur les gris, les pluies, son adoubement par les nuages. Là haut, il ne faisait pas nuit.

Ondée

Hedda bassina ses pieds dans l’herbe froide du matin. Par une porte poussée coulaient sur le jardin de minces rus qui charriaient les sons, les odeurs, les clartés étouffées du grand salon. Hedda attendit la pluie, et que cessât la rumeur. Le jour gagnait sur sa nuit.

Les noces

Les rires entrechoqués, les dents qui s’écrasaient sur le bord des verres, les transpirations que ne contenaient plus qu’avec effort les parfums violents et gras des hommes et des femmes empoignés pour la danse, les soies dessous les bras qui se tachaient au fur et à mesure des pas, Hedda assourdie regardait le tournoiement.
La musique, forte comme un alcool, et les danseurs échevelés. Elle se cramponna à sa cigarette, à ses fumées lentes. Buée de cendres. La longue nappe but le sang de ses pieds. Ses hautes chaussures gisaient sous la table, abandonnées.

Un don indésang

Ecriture

Pommes et kérosène

Bécarre

Ses lettres épaisses, affranchies pour un voyage de sept ans. Un cal au majeur, une rondelle de peau, comme un sceau posé sur son doigt, une marque d’écriture. Posé à côté de la pile, un ouvre-lettres, cadeau lointain, dague de dame, lame fichée dans un quartz pour tout pommeau. Ses lettres, et leur ouverture, toujours la même, un échiquier où se jouait, mot pour mot, le même air, grave ou léger. Le temps n’avait rien altéré d’autre.

Extraballe

Max était parti en claquant la porte sur le coeur d’Hedda. Il n’avait pas respecté les termes du contrat. Quand on part, le coeur, la tête. Il n’avait pas fini le boulot. Sa vie était devenue grise comme les limbes. Une décalcomanie.

Sans réservoir de secours

Hedda était devenue le majordome de ses souvenirs. Elle faisait régulièrement l’argenterie, comme d’autres révisaient le moteur de leur voiture. Tout était en état de marche. Une discipline quotidienne, la voix, les inflexions, tout était encore là. Elle vivait sur ses réserves.

Black sabbath

Satan tendit sa tête pelée. Une oreille poinçonnée comme un ticket de métro, un oeil crevé, l’autre, jaune, posé comme une pièce de vingt centimes sur le haut de son museau.
Tout à fait le chat qu’il lui fallait. Un rescapé. Une teigne. La meilleure des sales bêtes. De celle qui vous adopte et qui vous colle à son service.
Hedda flatta la tête de l’animal. Un coup de patte lui rappela la règle. Pas d’attendrissement entre eux.

Mot à mot

« Tu ne l’as jamais aussi bien abimée que cette fois là » dit René
« Elle t’a dit… » questionna Max
« Rien, Hedda ne dit rien, plutôt se couper un bras » fit René
« Irène t’a entendu. « Effacez moi… » Ce sont tes mots » continua-t-il
« Hedda est un moine-soldat. Elle obéit jusqu’à la lie d’un ordre. Elle est partie »
« Je ne la rattraperai pas, c’est ça ? » demanda Max
« Je ne sais pas. Un moine, ça peut parfois pardonner à son dieu » répondit René
Le ciel était vide.