ce que vos yeux vairons

Catégorie: comptine

Rien ne vient

Pleureuse, sans cortège, lissant ses cheveux,
Tout est prêt, les poignées de cendre, l’habit de
Corbeau, l’aigu, et les vibrations basses du
Lamento, je coasse, pensant Panthéon, et Malraux,
Un jour d’hiver. Mais rien, j’attends le chaland,
Tristesse, mélancolie, toute la liturgie des violets,
Les mauves crépusculaires, et leur pompe funèbre
Sont aux abonnés absents, ma grande douleur, d’opérette

Ouroboros

Sur l’étang, lentement pris par la glace
Là, la Petite Voix me dit « La phrase n’est pas à sa place »
Mais l’été n’est que parole de calendrier
Alors, de sa surface, qui s’opacifie,
Je racle la croûte, mon ongle rabote des scrolls de givre,
Dentelle de taille-crayon, et tout fond.
La Petite Voix sourit, « Soleil » dit-elle
Je me mords le pouce, et le serpent la queue

Histoire pour un liard rouge

Sous la cire noire d’un pétale d’aeonium,
Disparaît l’étrange figure, masque africain,
Bouclier oblong, feuille de laurier rouge et
Mouvante, le dos d’un cherche-midi, je me
Penche sur la plante, l’oreille sur son calice,
Étrange coquillage, je rêve qu’il s’en élève,
Un mélisme, bribes d’une mélopée, la silhouette
Du Nyiragongo, un visage sombre et
Mystérieux, car n’est-ce pas ce que l’on attend,
D’une fleur, à la porcelaine couleur d’obsidienne,
Mais, à l’instant de revenir du sommeil,

Petite divination

Vivrai-je cent ans

Comment demander
Cela à un poème qui
Sait ses pieds comptés

Énumération
Le choix, d’une marguerite, d’une
Rose, centifolia

Tel Mathusalem,
À l’oracle d’un bouquet,
Confier son destin

Le haïku est un coucou

C’est grand, ça résonne quand on crie. Personne
Ne crie. L’espace, celui d’un désert, la clôture
D’un monastère, oui, c’est cela, l’alexandrin
Une enfilade de cellules où loger
Mon petit service Arcopal à trois verres

Fabliau

Une fourmi devint, le temps aidant, solitaire
C’est là une fourmi devin, sûrement. Quitter
La fourmilière, sa population, gonflée comme
Un fleuve en crue. Il faut pour cela, se sentir
Surnuméraire, devenir inutile. La nuit,
Partir. Trouver un pont, une paille, la pousser
Vers la feuille morte à la surface de l’étang.
Traverser rapidement, et couper les ponts.
Vivre en cigale, manger peu à peu son radeau

Le rouge est le noir

D’un foie-de-veau brillant, je dirais feuillage-
D’un-pied-d’heuchère-tanné-au-moût-de-raisin,
L’assiette de cerises noires. Noir ? de cerise,
Un rouge, qui ne se dit pas, comme du sang qui caille

À mémoire de forme

« Big Joe » Portagee
Porte un jean, et quand je dors
« Big Joe » porte un djinn

Trains qui se croisent

Long, long mélisme
Du merle, que rompt le coucou,
Robinet qui goutte

Lecture

L’avenir, dans le
Marc de café, le passé
Dans les détritus