ce que vos yeux vairons

Catégorie: Aki Kaurismäki

Antidotaire

Quand j’entre dans ton
Ombre, ô Déréliction,
Lire une ligne amie

De quoi je me mêle

J’entre, dans l’eau, du tableau de John Lurie
Je sors ailleurs, un pas de côté
Le dessin a ici un goût vert, d’herbe, et d’ombre
Caboter, les cadres ouvrent leurs bras, sur des anses colorées
En revenir est facile, détourner le regard « ça ne te regarde pas » et tout s’efface.

Les beaux timbres

Avez-vous déjà reçu, par voie postale, une enveloppe un peu ventrue ?
Non ?
Alors, c’est que vous n’avez pas de Georges et de Paulette.
Comme moi.
Qui vous envoient des plis rectangulaires, semblables au capiton d’un confortable petit matelas.
Avec dedans, entre des feuilles de soie, des traces de doigts, des traces de gras.
Et des beignets à la cannelle.
Il faut que je vous dise.
A l’endroit.
Paulette et Georges.
Ils semblent sortis tout droit d’un film d’Aki Kaurismäki.
Georges, c’est Chet Baker.
Qui jouerait de la guitare.
C’est Chet Baker.
En mieux.
En vieux.
Un visage à la serpe, et des blagues à la noix, qui ne font rire que lui et moi.
Paulette, c’est tout Kati.
Kati Outinen, j’entends.
Kati, la muse, d’Aki.
Donc Paulette, c’est Kati, mais en chaise à roulettes.
Parce qu’elle est vieille aussi, comme Georges, son mari.
Tout est mignon chez elle, si vous fermez un peu les yeux.
Ses jolis cheveux blonds, et blancs, ses pulls roses qui lui font un teint de rose, malgré les ridules, et son mouchoir au crochet qui dépasse de sa manche, parce qu’elle pleure souvent.
Mais c’est de joie.
Ce qu’elle dit.
Moi, je crois qu’elle pleure par-ci par-là, parce qu’elle est coquette, et que les larmes posés sur ses yeux lui font le plus beau des prismes bleus.
Chez Paulette et Georges, tout s’est arrêté il y a cinquante ans.
Les meubles, les plantes.
Il y a chez eux des fleurs que l’on ne trouve plus que dans les couloirs des écoles primaires d’il y a très longtemps, ou dans certains monastères.
Vous savez, ces plantes vertes, à longues feuilles vertes et blanches, au bout desquelles pendent de petits bouquets de feuilles, tout à fait conformes aux plus grandes, dont elles sont issues.
Des chlorophytums, je crois.
Dans l’angle du salon, où ils passent le plus clair de leurs journées, il y a deux grandes fenêtres, et forcément, du soleil en pagaille, les jours de beau temps, de la lumière sur les napperons, et les souvenirs, accrochés au mur.
Des portraits, une poterie, ramenée de Cavalaire, des rires aux éclats sur des photos jaunies.
Les enfants, quand ils étaient petits.

Je goûte un beignet.
Il a un peu durci.
Le temps du voyage.
Je ferme les yeux.
Et je suis avec eux.

C’est le bazar dans la cuisine.
Des projections d’huile.
De petites rigoles de cannelle.
Je fais la vaisselle.
Georges est soulagé.
Il fait du café.
Et il décroche sa guitare.
Et Paulette, son mouchoir.

Frère tourier

Le petit porche de
Saint-Gangolf, le mendiant tend
La main, « Ton octroi ».

L’épouvantail

Sur son poing de paille

Un oiseau s’est posé, il

Retient son souffle,

 

Saint François monte

Le mur  du son, la pagaille

Chez les étourneaux.

 

 

L’aile

Carrosser, coup à

Coup la feuille d’acier, sa

Forme non emboutie.

Avant, après

Mercredi, trois heures

Après le méridien, et

La nuit, quelque part.

 

 

Au Havre

Renoncer
A la triste cire,
Au jeu de mot
Facile,
Entendre
Marcel
Parler.
L’écouter.
La merveille.

Irma

Cité interdite
Au soleil, à sa lumière.
Et un beau jour. M.