ce que vos yeux vairons

Durch

Pontonnier de l’envers, je démonte les piles,
J’empile les traverses sur la berge, le torrent retrouve
Ses marques, cavale débarrassée de sa selle,
Le monde est passé, les eaux se referment, et les herbes
Effacent, sous-marines, de leurs racines vertes,
Le caisson de pierres immergées des antiques fondations

Urwald

La souche, moussue.
Un vieil arbre, avant d’être abattu
Y voir le pied tranché de quelqu’animal disparu,
D’avant l’histoire écrite.
Dans les racines épaisses, l’ombre de la corne, l’ongle d’une effigie totémique,
La coupe fraîche révèle un aubier rouge, une moelle vive,
Plateau de cernes serrés, enroulés, force de Coriolis figée,
J’écorce une branche.
Dans ma main, une aiguille de bois, qui glisse, tangentielle, sur les rides concentriques,
Et j’entends, qui déchire l’air, un tonnerre inarticulé,
Choeur antique de grondements, la gorge, et le poitrail
De l’animal, dans l’arbre révélé

Aire de repos

Bien au-dessus des
Hommes, les branches dernières du
Tilleul, un attique

Bec verseur

Un vecteur, pointe
De flèche noire, le corbeau va
Crever le nuage