ce que vos yeux vairons

Entre les lignes

L’anamorphose fait de l’ellipse un cercle
La poésie gauchit la langue jusqu’au rêve

La route des vacances

Sous l’éponge bayadère,
Je somnole, et nous roulons.
L’ombre des rayons du soleil
Se superpose à celle qui sourd
Du tissu et m’encage, à l’arrière
D’autres taches sombres, rondes
Et dansantes, les silhouettes des feuilles
Et des arbres, un stroboscope, jaune,
Et chaud, sur mon visage
Dans mon demi-sommeil, et la torpeur,
Les platanes du bord de la route
S’abattent, au fur et à mesure
De notre avancée, leur révérence
« Je suis une Majesté »

Analogie

Ce tantôt, au supermarché.
Outre y avoir fait mes courses,
J’ai marché
Illustrer mon propos

Déambulant entre les rayons,
Le filet feutré de la musique,
De ces musiques abstraites,
Qui captent le pas de l’acheteur,
Contraignant son rythme jusqu’à la lenteur,
Scansion d’un métronome qui expire,
J’ai été ravie, enlèvement des Sabines,
Ainsi que les autres clients
Puis soudain, changement dans le rythme,
L’endiablé succéda au soporifique,
Et le monde s’égailla,
Désordre dans la fourmilière

Assise
Je lis ce poème, dont la métrique me soulève
Je pense, aux roulements de tambours
Qui précèdent, puis ponctuent la montée
Du condamné à mort vers le gibet
Au mouvement hypnotique, sac et ressac, de la mer,
Les corps des danseurs, qui vaguent, comme autant d’algues,
Boléro de Ravel
Et ce poème, dont le sable des mots roule
Sous mes pieds, jusqu’à l’entrée dans l’eau,
Et m’entraîne, paisible, vers le large
Flotter

Harmattan

Courir.
Il y a un point, après le verbe, qui lui coupe l’herbe sous les pieds, on court, immobile, quand on rêve

Le vent gonfle les fenêtres comme des voiles, le verre tremble et se déchire.
Ne pas laisser entrer la pluie
Je cours, sa vie est au dehors, qu’aurait-elle à faire ici
Quel parquet de bois sec à humecter
Quel tapis de laine roide à reboucler
Quelle plante solitaire, derrière la clôture de sa baie, à visiter d’une ondée légère
Quel, quel, quelle, la course contre les montres du vent et de la pluie, réunis
Tout ce que le monde compte de transparent coule ici, rideau de l’eau, pluie de gouttes de vitre en morceaux
À mes pieds, leur ruisseau est tiède
La température exacte de l’été

Avant la fin d’août, ne rien obturer
Observer, par les jours de pierre brodés dans les murs, le ciel