ce que vos yeux vairons

Le haïku est un coucou

C’est grand, ça résonne quand on crie. Personne
Ne crie. L’espace, celui d’un désert, la clôture
D’un monastère, oui, c’est cela, l’alexandrin
Une enfilade de cellules où loger
Mon petit service Arcopal à trois verres

Acide lactique

Je bande mon arc
L’oeil, plume première de la flèche
Je bande mes poumons

Dilatation de l’espace

Je me défroisse, et me décontorsionne. Ici,
Une alexandrine cabine d’essayage
Le miroir est plein de plis, c’est peut-être moi,
Visage-origami, le corps se destructure
Le nez penche vers les pieds, et je me figure,
Être de tessons d’une céramique abstraite,
Peux-tu encore me lire, devenue ostraca

Ars nova

Fenêtres fermées, la maison pourrait être
Silencieuse. Mais le chant vigoureux, plein de sève
Des oiseaux, une cour de récréation, qui perce.
Fenêtres ouvertes, les murs vibrent, la sourdine a
Sauté de leur bec, et tous les modes se mêlent,
Cuicuiphonie, une vague, qui se renouvelle

L’irruption

Je lève la poussière sur les étagères de
La bibliothèque, chamboultou, quelque chose tombe
Ne dis pas le contraire, tu l’avais espéré
Je ne le nie pas. Forcer la main au destin
Quelque chose est un livre, le titre importe peu,
Ce qui compte, ou bien, conte, c’est sa voix d’outre-tombe
Les annotations si fines, micron de crayon, on
Les dirait écrites au cheveu, cheveu blond
D’Agnès, tombée du ciel de la bibliothèque
Je lis avidemment entre les lignes, le cours
De ta belle écriture, le passé pousse, tout neuf,
Des lettres enroulées, comme du liseron, sur
Une grille, une charmille du printemps.
Je repose le quelque chose sur le rayonnage,
Le penche sur la tranche, afin qu’il tombe bien,
Au prochain jour de ménage