ce que vos yeux vairons

Fabliau

Une fourmi devint, le temps aidant, solitaire
C’est là une fourmi devin, sûrement. Quitter
La fourmilière, sa population, gonflée comme
Un fleuve en crue. Il faut pour cela, se sentir
Surnuméraire, devenir inutile. La nuit,
Partir. Trouver un pont, une paille, la pousser
Vers la feuille morte à la surface de l’étang.
Traverser rapidement, et couper les ponts.
Vivre en cigale, manger peu à peu son radeau

Rouge, tabou

Je reviens du cerisier, poste de police,
L’été, je n’ai pas de poche, alors, dans le dos,
Poings fermés, doigts encrés, violettes volutes
Digitales, j’en suce le sucre, et le jus coule,
Des ombres maori me tatouent le menton,
Mon forfait s’affiche. Couleur ronéotypie
J’ai six ans. Un souvenir lointain, et précis
Mêmement, le temps n’a rien usé, au bout de
L’index, un interstice, entre l’ongle et la peau,
Un filet de vernis séché, indélébile

Un calcul

Écrire, au jus de
Cerise, remplir la pompe
Du stylo. Noyau

Le rouge est le noir

D’un foie-de-veau brillant, je dirais feuillage-
D’un-pied-d’heuchère-tanné-au-moût-de-raisin,
L’assiette de cerises noires. Noir ? de cerise,
Un rouge, qui ne se dit pas, comme du sang qui caille