ce que vos yeux vairons

La recette

C’est.
Une courgette, du persil, un oeuf, du fromage de brebis, du sel et du poivre.
C’est dans mon assiette.
Une croquette.
Pour tout le reste, il faut fermer les yeux, laisser monter les ingrédients les plus importants.

Le siccatif du sel, du vent, ça se mange, les yeux dans les yeux de la mer, des voix étrangères, la mer, les courgettes, ce n’est pas sorcier, on en trouve partout, des robes noires, des barbes centenaires, comme ces arbres vénérables, dont le tronc vrille dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, le vent, toujours, des couleurs, que seule la lumière peut faire pousser comme cela, crues, drues.
Une main, ses veines noires forment de petits tunnels sous la peau, me tend une assiette.
Trois croquettes, comme un triskell, une feuille de salade, un quartier de tomate.
Remonter le long de la main, passer la manche.
Voilà, le manque.
Le visage de la nonne, et derrière elle, un peu plus haut, un coin de mer, un trait, l’horizon, et le ciel.

La croquette que j’ai cuisinée, son goût de nulle part.

Petit maître

Ni transcrire, ni traduire, l’hymne.
D’ailleurs, en est-ce une.
Les frrr, vrrr, à quoi bon, la perfection du vent sur la forêt, frottole, et mon imitation, enfantine, peut-être que l’oreille d’un petit enfant, qui apprend à parler saurait capter avec justesse toutes les variations, les volte-faces, les pressions de l’air sur les feuilles, celles encore tendres, celles qui craquent, comme de la cellophane, dirait-il que cela n’est que du bruit, et qu’il ne faut pas faire dire à la forêt n’importe quoi.
Petit enfant.