ce que vos yeux vairons

L’entremise

Ici, ne sont que débris, et fétus, de la forêt échouée, son broyat.
« Es-tu de bois, déraciné ? »
Le billot ne bronche pas, sans membres, sans voix.
Que reste t-il d’arbre, en toi.
Ton visage, tes cernes lourds, en lèpre, sous ton regard.
Tout cela, plus que moelle.

Teinture-diode

Leur petite pluie de plaies de crépon sur les blés, coquelicots dans les prés.

Zoulouland

Ce qui me semblait écho.
Des mots prononcés in petto.
Une boule de papier froissé, dont je lisse les plis d’accordéon, et j’entends.
Cabossé, entre les lignes bleues de la tablature, le souffle, silicose du bandonéon.
Indicatif Tango.

Unterlinden, unter den Linden

Bientôt, leurs fleurs, qui encensent, enchantent tout ce qu’il y a d’air, ici, et là, ailleurs, les tilleuls.

Énumération

Erre.
Je me cogne, et le sang, aux arêtes grises des blocs de ciment.
Un labyrinthe vide, des cénotaphes, une vallée des Rois ?, vallée de la mort, s’enfoncer dans le boyau, jusqu’à frôler les restes du Minautore, la bête est morte, la longue litanie des noms, sept ans de psalmodie, donner un nom à tous ces grains de sable, un visage passé au lait de chaux rosit lentement, et retourne à la nuit.

Leichen, Eichen

Hans, Peter, et Rosa.
Vous n’êtes pas morts bien longtemps.
Le temps de vous trouver, et vous voilà papier.
Ma mémoire est une urne, vos cendres ont fécondé un grand arbre, dont on fera peut-être une pâte, un grand chandelier.

Ancre, encre, le sang

Suffira t-il de fermer les yeux, et de laisser faire les paupières, je ferme les yeux, et je gomme tout ce noir du paysage, les paupières, je compte sur vous, comme il longtemps, je comptais sur les effets du stylo effaceur à encre, qui jaunissait de son acide, les mots gros de fautes de mes copies.
Je cligne frénétiquement, mais sur la page blonde de la plage, rien n’y fait, rien ne fond, le billot, noir, couché comme un i foudroyé.
Il est noir, l’orage est passé sur lui.

Ex machina

Le décor.
Un grain de sable.
Sur la plage, voilà qu’un billot roule doucement, remué par les flots, un billot, ça gémit ? ça roule des yeux ?
Un grain de sable.
Je cherche du bois, pour faire un chandelier, du bois sec, à la forme torturée, juste la forme.
Ce bois qui râle me fait peur, ses noeuds sont cheloïdes, il craque, je ne vois pas en lui un chandelier, j’aimerais tant, le bois et moi, je ne dis pas, mais lui, le tronc, bloc de Pernambouc, qui bruisse, comme on bruisse, loin, là-bas, exotique, et moi, je bruisse la peur, je voudrais le repousser à la mer, mais elle ne le reprendra pas.
Maintenant, il est là, sur le sable.