ce que vos yeux vairons

Mois : janvier, 2018

Baisser les yeux

La nuit, ce qu’elle a de noir, entre les trouées orangées des lampadaires, ce qu’elle révèle des maisons, lumière aux fenêtres, la rue est une longue pinacothèque, là derrière les rideaux, une nature morte, une table en désordre, un empilement d’assiettes, des épluchures, le halo d’un téléviseur, et ma gêne, l’effraction de mon regard.

N’est-ce pas

Il a plu, cette nuit, et je n’ai rien entendu, le bitume a brillé, sûrement, dans le petit cône de lumière du réverbère, il est tard, je n’ai rien vu, mais il est encore temps, n’est-ce pas, sur la platine, le premier grincement, comme une plume qui grifferait une feuille de papier, le café coule, une cigarette, le café coule, la musique de Philippe Sarde.

Instant t

Le jour, la nuit, leur balancier, scansion du calendrier, le temps qui passe, si j’étais Robinson, sans autre oignon dans mon gousset que celui d’une fleur de bégonia, avec du soleil, la branche d’un gnomon, quand vieillir, si le temps ne compte pas, qui pour me dire ce que je ne vois pas, pour lire entre les rides, de mon île, nul ne fuit, le temps est mon Vendredi. Nothing else matters.

Reddition

On dit, « j’ai sommeil », et je dis, « le sommeil m’a pour lui », il m’a fait crédit, et là, je me rends, je lui rends tout, son taux, mon usure, « demande-moi encore », lui donner sans compter, il est vorace, et je me laisse dévorer. Ses bouchées doubles.

L’assouplissant

Pour la chanson,
Et sa lessive,
De l’osier,
Une corbeille,
Laisser
S’amonceler
Sale, le tas
De linge,
Respirer
Avant dans
Le tambour
Les jeter,
Hier, et ses
Chemises,
Trouver
Le vent,
La corde,
Souffler
N’est pas jouer,
Accrocher
Une balançoire,
Tout sèche,
Les odeurs
Se défont,
Ce qui reste,
Les plis,
Le creux
Qui sent bon,
Fouler tout ça,
Ne rien repasser.

Poids de senteur

Aujourd’hui jeudi, jour de jardin.
Ouvrir le cahier, entre les pages, des brins, des souvenirs de tiges, l’odeur de poussière sur laquelle je passe le pinceau, et je soulève de la poudre de sauge et de freesia, jeudi, jour de ménage, j’écorne un feuillet et sa branche, oranger de juillet.
Un été, entre deux pages pressé.
Ne pas s’attarder, dans les allées de l’herbier.

Jubé

Derrière les barreaux rouillés des roseaux, deux tiges, la cire étrange de ces cierges qui ne coulent mais s’ébrouent sur l’eau, des gouttes blanches, coquilles de rémiges, les cygnes, qui enroulent le long trait de leur cou en arceaux.

« Tous les matins du monde », néon et la lune

Jpeg

E.D.

L’envie de lire m’est
Revenue, ouvrant les ailes
D’un papillon blanc.

« Tous les matins du monde », de l’autre côté de la pluie

Le saule, et la longue résille de sa voilette, je cille, soleil naissant.

Jpeg