ce que vos yeux vairons

Mois : décembre, 2017

Paralysie

La bibliothèque.
Ses travées, enfilades de rayonnages, d’un savoir sage, bien rangé, des volumes que je ne profane plus, une page cornée, un feuillet arraché, des livres-balises, comme autant de jalons, qui ne retiennent plus mon attention, le coeur ne s’emballe plus, la chamade a cessé.
Alors s’éloigner, trouver le passage vers autre chose, « Soumets-moi à la tentation ».
Comment est-ce, là-bas, l’enfer est-il juste l’envers du paradis.
Quiétude et inquiétude, le calme et son revers, Jean-qui-rit, Jean-qui pleure, Jean-qui-s’ennuie, et Jean-qui-lit.
Est-ce une soupente obscure, un rat court sur des grimoires, des codex, des rouleaux, ici, un crâne, un manuscrit mystérieux, à la recherche du Voynich perdu, est-ce cela, de la poussière, un squelette de carabin qui agite ses osselets, comme dans un train fantôme.
Ou l’enfer est-il aussi clair que le paradis, je suis le diable, et me censure, tous ces livres dont je m’interdis la lecture, la crainte de ne pas être à la hauteur, la peur du ravissement.
De ne jamais en revenir.

Autodafé

La cire d’une bougie
Qui fond, un visage, tableau
De Francis Bacon.

La miniature

Venir.
Juste pour elle.
« Homme au barbat »
Un rectangle de soie, à peine plus large qu’une règle.
Long comme la paume d’une petite main.
Un cadre d’ivoire fendillé, tendant sa résille autour du musicien.
Les traits fins, peints au cheveu, il est assis à l’ombre d’un grenadier, sur un tapis aux motifs rouges et compliqués, qui semblent défier un ciel monochrome, bleu lin.
L’homme joue.
Un air de cour, une supplique, peut-être, dédié à une dame, quelque belle persane, qui écoute de loin.
Peut-être.
Sûrement.
Ferdowsî.
Le paradis.
Je tends l’oreille, la soie ne laisse rien filtrer.
L’homme joue, mais le jardin est silencieux.
On ne peut entendre le chant qui ne vous est pas destiné.

Ébénisterie

L’exercice.
Les gammes rêvées.
Se savonner d’abord les doigts, au jus, à la pelure d’agrume.
Une petite flaque de térébenthine sur le plateau du bureau.
Laisser boire un peu le bois.
Et laisser ses mains s’imprégner.
L’éventail des doigts, comme autant de mouillettes du plus particulier des parfums.
Passer de pièce en pièce.
Les encenser.
Tenir jusqu’à la fin de la journée, au moins.
Sans se laver.

Tenir

La suite

L’ennui.
Se déchausser sous la table juponnée.
Rassembler de la mie de pain, dans des boulettes molles, sculpter des camées, jouer aux billes sous le rebord de l’assiette.
Scruter l’horloge, son battant qui va l’amble, d’un pas lent de sénateur, les minutes, à reculons, la minute de Monsieur Cyclopède, je lui souris tout bas, à ce monsieur là.
Mon voisin grince des dents, il parle.
De quoi.
Je ne sais pas.
Son eau de toilette, qui m’incommode, lorsqu’il se tourne vers moi.
Retrouver l’asile de mon foulard, le nez sur mon tampon d’éther, je vous respire.
Vous êtes là.
Entre deux pans de soie.
Mon remède contre l’oubli.
Ma fumerie.
Et son opium.

Spade

Le vent froid qui fait gronder la digue.
Qui fait vibrer les haubans des roseaux.
Qui cisaille les ailes des oiseaux.
Étendre les bras, ouvrir le caban.
Chercher la portance, se faire delta.
Courir le long du goudron.
Abscisse, ordonnée, le tronc, les bras.
Je suis une croix qui se déploye.
Sur le tarmac de l’étang, je m’arrache.
Au sol, rien ne me retient.
Pas même toi.

Mi-temps

La fête, la fête.
Ses repas redoutés.
Repas de fête, le long ennui d’un après-midi, où l’on fait semblant d’écouter le babil importun d’un voisin, engoncé dans un vêtement trop neuf, dont les coutures rêches vous entament les chairs, où l’on boit de temps en temps, pour oublier la pluie et le beau temps du voisin, où le regard s’égare parfois vers le bout de la table, sur un visage inconnu, qui peut-être vous cherche. Et quand le visage se lève pour aller fumer une cigarette, vous le suivez.
Dehors, il pleut. Vous sortez une cigarette, et vous la laissez faire. Le silence, un briquet qui passe, pour toute conversation.

Prince Dakkar

Le silence.
Nul n’a payé ma rançon pour m’en délier.
Rien ne vous rassasie, vous êtes Nemo, irrémédiablement, et je suis vouivre par votre châtiment.

« Tous les matins du monde », mon repaire, balai de sorcière, puisque vous n’êtes pas là

Jpeg

Camino

Pourquoi vouloir aller de l’avant.
Je tourne en rond.
Je trace des cercles autour de l’étang.
Une manière de chemin.
Compostelle est là.