ce que vos yeux vairons

Mois : décembre, 2017

Dort

Encore, et encore,
Sortilège de la porta
Nigra, tout en moi

Nirvana

Ici, comme ailleurs, la grande roue tourne sur le parvis, la clameur, les haubans d’acier, les rayons au néon, les lumières crues qui clignotent sur les vitraux, l’église au stroboscope, la kermesse et ses hosties, des bandes de churros frits, la presse, devant le grand prêtre qui officie devant des chaudrons, son chrême bouillant, la queue s’allonge, la communion aux biscuits, le bruit.
Rien ne change.
Hier, les grandes roues, des cages à écureuil, pour faire monter gargouilles et pinacles jusqu’aux cieux, et sur le parvis déjà, les bateleurs, les marchands d’oublies, tout ce saint-frusquin, dont j’ai envie, aussi.
La ducasse, et le cilice.
Rien ne change.

Lacryma Christi

Mystère à la cour
Des miracles, Dieu est un
Vendeur de vin chaud.

A la criée

Prise, jusqu’à la taille.
Un Centaure, derrière son tablier.
Jaune, la toile cirée.
Et ses mains, rouges et épaisses, qui brassent leur houille.
Un crassier de coques, de bigorneaux, et des paquets d’algues, un chanvre brun, des cordes de goémon.
Ses mains, cuites au froid, posées là, comme des tourteaux.
Et sa voix qui s’éraille dans les aigus.
Sa harangue, sa scie, monotone, « Je les vends, je les donne ».
Un port, et sa Madone.

Jour de marché

D’abord, il y aura.
Compacte et dense.
La foule.
Une banquise dure, des gens, je ne vois pas leur visage, indistincts, il y a des gens.
Et personne.
Il y aura des odeurs d’orange, de vin bouilli de Moselle, un manège de chevaux de bois, un limonaire déroulant le carton de ses canevas, des chansons anciennes et sentimentales, l’air est familier, les paroles, envolées.
Puis il y aura, tout au bout de la place, une rue adjacente, une venelle, des maisons à la lisière, la nuit enfin calme, un vieil homme rentre chez lui.
De lui je ne verrai qu’un dos.
A la fenêtre, devant les volets clos, une jardinière gorgée d’eau qui n’aura pas été rentrée avant l’hiver.
J’attendrai longtemps, là, devant cette maison.
Que la place se vide, comme une baignoire dont on libère la bonde, que les balayeurs, lavant les pavés à grande eau, dispersent la foule, et que décembre et sa fièvre retombent.
Retrouver de l’hiver, le visage doux et austère, la nuit, ses heures les plus belles sont les plus sombres.

Là-haut

La steppe.
Le pays d’où sont partis les arbres, chassés par le vent.
Où ont poussés, pas plus haut que des buissons, des chevaux, lui tenant tête, et des hommes, à peine plus grands, à la tête des troupeaux de yaks et de tempête.

Jul

Et je me demande.
Y aura-t-il pour Noël, à Lønstrup, cette année encore, des cailles en sarcophage.
Il y aura, la mer, c’est sûr.
Enflée.
De l’eau qui montre les dents et gronde.
Et sur les dunes, que le sel, et la rage des vagues usent, le vent, et l’odeur des harengs.

Pour la phrase dernière, lu chez Arbrealettres

… plus compagne que son vêtement Elle était en candeur avec sa foulée Elle était son jardin refuge et son jardin limpide des confins Et elle comprenait qu’il avait faim au-delà du pain (Guy Lévis Mano) Illustration: Akzhan Abdalieva

via Plus compagne que son vêtement (Guy Lévis Mano) — Arbrealettres

« Nothing else matters »

Écrire un jardin.
Ikebana.
Le suggérer, avec trois fois rien.
Un raku, deux branches de prêle, des feuilles de bambou.
Voilà.
C’est tout.

Aimante religieuse

On croit aimer.
On ne fait que dévorer.
Son hochet.
L’objet de son désir.
De peur de laisser un autre dévorer plus vite.
La peur avare de manquer.
De quoi.
A qui.
On avale, on déglutit.
Sur l’estomac, le poids de la peine.
De l’amour, ne reste qu’un rot
Qu’on ravale,
La honte,
Et les sanglots.