Sens interdit

par marronbleu

A l’éventaire du brocanteur, un lot de cartes postales, un cimetière de lettres mortes.
Le recto, des paysages, la grand’rue d’un village, un portrait en pied, sépia, un homme en grand uniforme, un communiant, un cierge, un missel, et son brassard blanc.
L’intime, au revers, des mots de tous les jours, d’autres, plus doux, les mots du front, qui ne disent pas la misère, « Tout va bien, ne t’inquiète pas. Je reviendrai. »
La grand’guerre et ses pudeurs, « Aujourd’hui, j’ai reçu Jésus pour la première fois en mon coeur », un monde qui s’est tu.
La gêne de lire, comme on profane un tombeau, et sous un timbre, la petite virgule noire d’un cheveu, incluse dans la colle, comme un insecte dans une goutte d’ambre.
Je la lisse du doigt, un autre peut-être a t-il caressé aussi, il y a longtemps, ce petit signet tombé d’une tête aimée.
Je repose les cartes.
Les laisser reposer là, tout ce que je peux faire, un petit signe de croix.
Tout ne s’achète pas.