ce que vos yeux vairons

Jour de marché

D’abord, il y aura.
Compacte et dense.
La foule.
Une banquise dure, des gens, je ne vois pas leur visage, indistincts, il y a des gens.
Et personne.
Il y aura des odeurs d’orange, de vin bouilli de Moselle, un manège de chevaux de bois, un limonaire déroulant le carton de ses canevas, des chansons anciennes et sentimentales, l’air est familier, les paroles, envolées.
Puis il y aura, tout au bout de la place, une rue adjacente, une venelle, des maisons à la lisière, la nuit enfin calme, un vieil homme rentre chez lui.
De lui je ne verrai qu’un dos.
A la fenêtre, devant les volets clos, une jardinière gorgée d’eau qui n’aura pas été rentrée avant l’hiver.
J’attendrai longtemps, là, devant cette maison.
Que la place se vide, comme une baignoire dont on libère la bonde, que les balayeurs, lavant les pavés à grande eau, dispersent la foule, et que décembre et sa fièvre retombent.
Retrouver de l’hiver, le visage doux et austère, la nuit, ses heures les plus belles sont les plus sombres.

Là-haut

La steppe.
Le pays d’où sont partis les arbres, chassés par le vent.
Où ont poussés, pas plus haut que des buissons, des chevaux, lui tenant tête, et des hommes, à peine plus grands, à la tête des troupeaux de yaks et de tempête.

Jul

Et je me demande.
Y aura-t-il pour Noël, à Lønstrup, cette année encore, des cailles en sarcophage.
Il y aura, la mer, c’est sûr.
Enflée.
De l’eau qui montre les dents et gronde.
Et sur les dunes, que le sel, et la rage des vagues usent, le vent, et l’odeur des harengs.