Toute ressemblance, et patati et patata…

par marronbleu

Il était une fois.
Une princesse d’outre-Bérézina.
Indigne et vieille, comme il se doit.
Née Rostopchine, Cafépouchkine, pourquoi pas.
Elle régnait sans partage sur une forêt de bouleaux, un vieux serviteur, et un samovar, du même âge que son majordome.
Un teint de rose, le banya, il n’y a que ça, et la dent dure, la langue, de vipère.
Une terreur des salons, sous la mousse de la dentelle, et l’esprit aussi vif qu’un coup de knout sur le dos maigre d’un pauvre moujik.
Redoutée, on lui faisait mille manières, pour dévier le boulet de canon, le « Vous, ici, déjà, ma chère, (ou mon cher, c’était selon), l’air d’Irkoutsk vous réussit, vos joues sont aussi rouges que le sont vos mains… »
On la conviait avec parcimonie, mais l’étiquette a ses raisons…
Un jour, vint, dans une belle enveloppe épaisse, un carton d’invitation, calligraphie royale, couronne du même acabit, et sceau de cire bien rouge, sur lequel pesta la princesse, en se léchant le bout du doigt.
« De la cire à chandelle, les cousins tirent le diable par la queue… »
« Encore un de ces raouts ennuyeux… Je vois le tableau, entre le consommé, et un menuet, subir… Un discours du cousin (ils ne sont pas consanguins, lui, et la cousine, au fait ?), une pirouette, un poème, ânonné par le Dauphin, et des histoires de canassons, encore, et toujours, assénés par Mademoiselle le Percheron, leur royale fille, follement entichée de la gent équine, qui, au passage, le lui rendait bien, au vu de l’implantation de ses canines.
Décliner l’invitation ?
Non.
« Vous l’aurez voulu… » pensa la princesse.
Elle se mit en route, passa frontières et cours d’eau sans encombre (aucun bandit de grand chemin n’aurait pris le risque de tenter une manoeuvre, et passait prudemment son chemin, en la voyant débouler) et arriva bientôt en vue du château des cousins.
« Toutes ces tourelles, ces mâchicoulis, pourquoi pas un mur sur la Manche, tant qu’on y est… » se dit la princesse, en considérant l’imposante et néo-quelque-chose royale bâtisse.
Vint le moment du banquet.
Le placement des convives, selon l’étiquette.
Là, la princesse, à deux doigts du roi, à la ménagerie, entre Flipper, et Mongentilponey.
La princesse soupira, but force vins apéritifs, se contint tant bien que mal, mais, quand vint l’heure du café, et après avoir enduré par le détail les aventures de haras et de paddock de sa voisine, elle ne put résister plus longtemps, et lorsque cette dernière s’enquit d’un morceau de sucre pour adoucir sa boisson, c’est avec une joie non feinte qu’elle tendit vers son chanfrein, bien à plat sur la paume, le sussucre tant convoité.
Un ange passa, très lentement.
Le Percheron hennit poliment pour remercier.
Et la princesse ne fut plus jamais invitée à partager la table de ses cousins.
« Boje moï ! »
« Vingt ans à siroter votre brandy » jubila la princesse.
« Un an de plus, et c’était l’ulcère garanti »