ce que vos yeux vairons

Quatre décembre

Dans les rues, plus de lumière depuis longtemps.
Il n’y a plus de rue.
Sous les toits, les décombres et le froid.
Et mon père, une balle orange à la main, entre les panzers.
Une balle lancée d’un char.
Le goût de la guerre, et d’un agrume écrasé.
Mon père de cinq ans a pleuré.
Que savait-il des orangers.
Les ballons ne se mangeaient pas en ce temps-là.

« Tous les matins du monde », « Is there anybody out there »

Jpeg

Les cendres

Quelque chose a changé,
Dans la vitrine de l’antiquaire,
Posé sur un bonheur-du-jour,
Un globe de verre et sa poussière,
Une châsse terne, celant, sanctifiés,
Les viscères de chiffon, les dragées
D’une petite mariée, il était une fois hier,
Une couronne de fleurs d’oranger,
Une mèche blonde, dernier maillon d’un chignon tressé,
Tout a fané dans l’urne de verre,
Sous le ruban, des cheveux blancs ont poussé,
Desséchée, la ronde de fleurs, sur le front émacié
De la petite mariée, son odeur douce-amère,
L’oranger a flétri, la noce est entrée en son hiver.