Veillée d’armes

par marronbleu

Vint le matin.

Un petit matin, entre le gris et la fin de la nuit, le ciel n’avait pas encore décidé.

Il ne s’était pas encore mis au bleu.

Trop tôt.

Hedda était là.

Et bien avant elle déjà, René.

« Tu as le temps, Hedda »

Les préambules de René.

Ses phrases maigres, les adjectifs, pour faire joli, il ne connaissait pas.

Et elle aimait ça, Hedda.

Il ne lui parlait pas de la pluie ni du beau temps, pas de conversation de salon entre eux.

« Tu as dormi ? »

Hedda ne répondit pas.

Il répéta.

« Tu as dormi un peu ? »

« Un petit peu » dit Hedda

« Ton un peu, c’est quoi ? »

« Un peu, beaucoup, pas du tout ? »

Les yeux d’Hedda lui dirent ce qu’il avait besoin de savoir.

Des cernes creusaient le haut de ses joues.

« Combien de cafés ? » demanda René

« Beaucoup »

« Ne dis rien, René »

René ne dit rien.

Il commença à charger les sacs de ciment, l’avion s’alourdissait.

La carlingue était ballastée jusqu’à la gueule.

Une arche, et son lest de poussière à faire décoller.