ce que vos yeux vairons

Allan S. Königsberg

Mes grands-parents

Kè Nonno, kè Nonna
Manchmal Opa und Oma,
Mais plus souvent,
Pour faire français,
Pépé et Mémé.
Vous voyez,
Il fallait jongler,
Ils étaient chatoyants,
Les grands-parents,
Des bouts de tissu,
Assemblés,
Si sage patchwork,
Mir sage andersch.
Unsre Alte.

Ici

Boches,
Kabyles,
Macaronis.
Le dimanche,
Pastaciutta
Et makowiecz,
Les vieux
Parlaient
Un peu
De tout,
Surtout
De rien.
Le français,
C’était le lien.
La langue du haut.
Ma grand-mère
Est venue
De Lombardie,
Au pays
Des Schleus.
Elle n’était
D’aucune langue.
Comme nous tous,
Ici.

Mon pays

Où l’on passe, où l’on
Ne s’arrête jamais, ça
Fait peur, noir de crasse.

Chez moi

Nos cathédrales aux
Enfers, leurs servants noirs
Des soutiers. Nos pères.

Linseul

Etes-vous comme ce
Tissu, avec un accroc,
Une déchirure.

Tracer

C’est sur la frange
De sable mouillé qu’il faut
Inlassablement.

Jour de fête

Ecrire une petite
Cartomancie dans le marc
De café. Fly high.