ce que vos yeux vairons

Vous qui passez ici

Les toits de Vilnius.
Voyez.
Les dômes,
Les flèches
Des voix.

Saint Nazaire

Une gymnopédie,
Qui va de son amble lent,
Au long las d’un pont.

Le pont, tablier
Posé sous les pas lents et
Doux d’un promeneur.

La lune, accrochée
A un hauban de fortune,
Cierge sur les brumes.

Pour apprendre à voler

La peur d’abord.
Tous les jours.
La cultiver.
Inoculer le poison.
Entretenir la plaie.
Dormir entre les draps
De son cilice.
La haler
Comme un cheval de trait,
Et creuser
Encore,
Toujours,
A la pointe
D’un soc
Forgé
A l’effroi,
Son sillon
Lourd
Et gras.
Et si la peur
S’efface.
Renoncer.
Et qu’un regret
Moins lourd
Que l’air
A un pied
Se noue,
Et s’attache
Le poids
D’une âme
Qui n’aura
Eu de cesse
De défier
La patience
Des cieux.

Vivant Denon

Si je perdais un jour la mémoire, et que l’on me retrouve errant sur les marches d’une église, je souhaiterais que l’on me baptise du nom du saint du jour.

Le coup

René ne dit rien.
Il laissa venir.
Il laissa venir Max et son tumulte jusqu’à lui.
Il attendit.
Les peaux de Max.
Tendues comme une membrure.
Prêtes à rompre.
Tendues sur les mâchoires.
Les phalanges blanchies à la haine.
Le point de rupture.
La lézarde.
La fissure de la voix.
Un barrage mis en eau.
Et les flots de la rage.
Son exaltation à salir.
A sonner son adversaire.
« Quoi ? Hedda, Hedda, tu n’as que ce mot à la bouche. Tu ne sais pas ce qu’elle… »
Max ne finit pas son orage.

René ouvrit la bouche.
« Non. Toi, tu ne sais rien. » dit René
« Tu es le meilleur d’entre nous Max. Mais c’est tout »
« Tu es le meilleur. Tu voles très haut. Tu voles très bien. Tout le monde t’admire. »
« Mais que sais-tu d’Hedda ? »
« Tu ne sais rien. » dit René

« Quoi ? Mais tu sais qu’elle a voulu… » répondit Max
« D’ailleurs je l’ai un peu secouée. Fallait bien, sinon, Dieu sait ce qui se serait encore passé. Elle nous aurait fusillé le Stampe, et alors ? »

« Et alors quoi ? Une gifle et on règle tout ? » jeta René
« Tu voles bien, mais tu parles mal, Max » dit René

« C’est ça, défends la, allez ! » cracha Max
« Elle se fout en danger, et tu le sais aussi bien que moi ! »
« Tu lui passes tout, mais ce n’est pas un jeu ! Là haut, on n’a pas le droit à l’erreur, et toi, tu la laisses faire. Bon Dieu, René, ouvre les yeux ! »

« Je sais ce qu’elle vaut, Max » dit René
« Je sais ce qu’elle encaisse »
« Elle est loin d’être la meilleure, mais elle s’accroche, tu n’imagines pas »

« Ouais, C’est ça. » siffla Max
« Elle est nulle »

« Techniquement, elle ne t’arrivera jamais à la cheville, c’est vrai. » dit René
« Mais tu ne sais rien d’elle ».

« Tu te répètes, je ne sais rien, je ne sais rien. Et puis ? »
« Ce que je vois me suffit »

« Ah oui ? » répondit René
« Et tu vois quoi ? » demanda-t-il à Max
Max ne répondit pas.

« Tu t’es déjà demandé pourquoi elle ne nous accompagnait jamais le soir quand on va boire un verre au Stratus ? » demanda René

« C’est une bêcheuse, c’est tout. Elle fait bande à part. Je n’aime pas ça »
Le dédain de Max.

« Tu te trompes, Max » lui dit René
« Elle ne peut pas »

« Quoi, qu’est-ce qu’elle ne peut pas ? On n’est pas assez bien pour elle ? » jeta Max

« Elle ne peut pas traverser le pont. Pour aller de l’autre côté. »
« Au Stratus » dit René

« Mais qu’est-ce que tu racontes ? C’est quoi, ces histoires de pont ? Elle ne veut pas marcher à pied ? » ricana Max

« Hedda a le vertige »